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L’histoire méconnue de Mercury Records en France

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Le label américain Mercury Records a écrit à lui tout seul un gros morceau de l’histoire de la musique contemporaine. Né à la sortie de la seconde guerre mondiale dans les quartiers de Chicago et Saint Louis, Mercury Records est rapidement devenu une référence d’authenticité et de qualité pour les musiciens, tous styles confondus. Le label se fait très vite connaître à l’international grâce à un catalogue d’artistes très en vogue, mais aussi grâce à ses propres techniques d’enregistrement audio.

Très tôt, Mercury Records s’installe en France pour y distribuer ses artistes. Jusqu’à la fin des années 1990, Mercury France est une success story portée par tous les grands noms de la musique française. Mais viennent les années 2000, la crise de l’industrie du disque, et les grands travaux à marche forcée pour digitaliser les majors de la musique. La France n’est pas épargnée, Mercury Records France non plus. Retour sur l’histoire d’un label qui a marqué à jamais les goûts musicaux des Français.

Mercury Records, un succès explosif

Le label Mercury Records voit le jour aux États-Unis en 1945 à Chicago. Le label démarre avec deux presses à disque, une à Chicago, l’autre à Saint Louis. Tournant 24 heures sur 24, les studios de Mercury Records produisent vite et deviennent rapidement des concurrents aux principales majors de la musique. Malgré la toute puissance de la radio alors, Mercury Records préfère s’immiscer dans les juke-box des diners branchés du pays.

À la fin des années 1940, Mercury Records rachète Keynote Records et le label de John Hammond qui rejoint ainsi le groupe Mercury. Mercury Records investit tous les types musicaux mais se distingue sur le marché avec son riche catalogue de jazz contemporain. Dans les années 1960, Mercury passe entre les mains néerlandaises de Philips Records et devient la première maison de disques aux États-Unis à sortir un album en cassette audio, le groupe Philips étant lui-même un fabricant de produits électroniques.

Suite à une réorganisation de leurs activités avec Siemens, les labels musicaux, dont Mercury Records, sont regroupés sous la bannière Polygram (qui deviendra Phonogram pour finalement redevenir Polygram au début des années 1980). À la fin des années 1990, Polygram est racheté par Seagram qui l’intègre au portfolio de labels d’Universal Music, propriétaire actuel de Mercury Records.

mercury living presenceMercury Records ne s’est pas durablement établi sur le marché uniquement grâce à son flair pour les musiciens à la mode, mais aussi pour son haut niveau de technicité dans l’enregistrement audio. Le label Mercury Living Presence s’est spécialisé dans la technologie d’enregistrement pour des rendus de haute qualité dans les lieux de concert, et c’est tout Mercury Records qui a bénéficié de cette R&D de pointe. Les ingénieurs son de Mercury étaient même parvenus à connecter du matériel d’enregistrement audio à un fil téléphonique pour transmettre en direct au studio d’enregistrement la musique capturée dans une salle de concert. En d’autres termes, la première génération de streaming.

Aujourd’hui le catalogue musical de Mercury Records est pharaonique et inclut de nombreuses stars : Tori Amos, Josephine Baker, Chuck Berry, Bon Jovi, Johnny Cash, Herbie Hancock, Jamiroquai, Kool & the Gang, Ohio Players, Lionel Richie, Rod Stewart, U2, … Ce hall of fame illustre bien le potentiel en collecte de royalties derrière l’indémodable Mercury Records.

France : Barclay, Universal, puis la crise

Déjà dans les années 1950, Eddie Barclay revient des États-Unis avec 60 masters des plus grands musiciens de jazz américains – Ray Charles, Sammie Davis, Duke Ellington – qu’il a négocié avec Mercury Records pour une distribution française. D’ailleurs, dans les années 1980, les Disques Barclay sont rachetés par Phonogram et se joignent donc à Mercury Records au sein du groupe qui deviendra Universal Music. C’est également à la tête de Mercury Records que, dès 1994, Pascal Nègre prend la relève d’Eddie Barclay comme figure de prou des majors de la musique.

Mercury Records France n’est pas un bête proxy du label américain qui récolte les royalties de ses artistes américains dans l’hexagone. Depuis longtemps, le label s’est franchouillardisé et accompagne nos stars de la variété dans la production et la diffusion de leur musique en France et à l’international. Parmi les gros noms citons Calogero, Christophe, Serge Gainsbourg, Marc Lavoine, Nolwenn Leroy, Nana Mouskouri, Florent Pagny, Zazie… Tous ces artistes assurent un revenu stable à Mercury France, qui représente le plus gros label au sein d’Universal Music France.

Cependant, une maison de disques doit continuellement renouveler son catalogue d’artistes, sinon c’est le déclin assuré. En 2000, l’ébranlement de l’industrie de la musique avec le téléchargement illégal et l’autodiffusion de titres autoproduits via internet n’épargne pas Mercury Records France. Pendant presque 10 ans, Mercury France va se concentrer sur la télévision pour construire des artistes, une stratégie de reni du web et de la créativité qui va mettre le dynamisme du label en péril.

johnny hallyday mercury recordsEn 2001, Santiago Casariego, cousin de Manu Chao, est nommé á la tête du label Island/Mercury. Son mandat est principalement marqué par le phénomène L5, les Spice Girls à la sauce française découvertes sur Popstars, l’émission de recherche de nouveaux talents de la musique que Casariego présidait devant les caméras. Si la machine à fric fonctionne, cette nouvelle stratégie de musique préfabriquée abîme profondément l’authenticité artistique du label. Mercury France perd son mojo de créateur de talents. En 2005, Johnny Hallyday préfère rejoindre Warner Music France, un sévère retour de bâton pour le dirigeant du label, qui sera remercié dans la foulée.

En 2006, c’est donc Sébastien Saussez qui prend la direction de Mercury Records. Durant son mandat, il parvient à gagner la distribution en France du dernier album de Paul McCartney, mais sans « aucun profit » selon son propre aveu. La presse est elle plus marquée par son mariage avec Élisa Tovati que par ses exploits d’impresario. En février 2009, Universal Music France choisit de fusionner les labels ULM et Mercury, et nomme Olivier Nusse à la tête du nouvel ensemble.

Le nouveau directeur récupère un label toujours fort en back catalog, mais dont l’étincelle créatrice est en crise.

Olivier Nusse relance Mercury France

Olivier Nusse est un pur produit d’Universal. Dès la sortie de ses études, il rejoint Polygram et monte graduellement les échelons d’Universal Music France (Podis, special marketing, ULM) pour prendre la direction de Mercury Records en 2009. Au sein du groupe, il s’est déjà fait remarqué avec la création de U’think, la première structure dédiée exclusivement aux partenariats avec les marques. En 2007, alors chez ULM, Olivier Nusse signe Thomas Dutronc pour la production de son album Comme un manouche sans guitare qui atteint les 400.000 ventes.

Olivier Nusse va très vite redonner du souffle à Mercury France. En juin 2010, Stromae sort avec Mercury France l’album Cheese, et le single Alors on danse s’envole dans les ventes en France et à l’international. Stromae devient la nouvelle star de sa génération avec un style original qui séduit tous les publics. Pour sa part, Mercury France commence à retrouver de sa splendeur.

olivier nusse mercuryLa force d’Olivier Nusse qui pousse alors Mercury France vers le haut se résume en deux axes : La télévision, avec The Voice, prolongement de la stratégie de télé-réalité du groupe. Avec cette émission, Mercury Records France met la main sur des best-sellers de la variété française, comme Louane (2013) et Kendji Girac (2014). Puis le digital : réseaux sociaux et sites de streaming ont transformé le métier des maisons de disques. Avec Olivier Nusse, Mercury Records adopte le data-driven management et rationalise ses activités digitales (sans éradiquer le flair humain pour autant). Maîtrisé, le digital permet au label de repérer de nouveaux talents, d’effectuer des tests pré-production ou pré-lancement, et de monétiser plus largement son back catalog.

En avril 2014, la gestion des labels classique et jazz d’Universal Music France est transférée à la direction de Mercury Records France. Parmi ces labels figurent les plus prestigieux labels du portfolio d’Universal Music France : Decca, Grammophon, Blue Note, Verve, Impulse. Ces labels sont transférés chez Mercury Records pour assurer la digitalisation de leurs back catalogs sur les sites de streaming.

En février 2016, fort des résultats affichés à la tête de Mercury Records France, Olivier Nusse est nommé à la présidence du directoire d’Universal Music France.

Natacha Krantz-Gobbi, une histoire à écrire

Dans la foulée de sa nomination à la tête d’Universal Music France, Olivier Nusse nomme Natacha Krantz-Gobbi à la direction de Mercury Records. Natacha Krantz-Gobbi a évolué 16 ans au sein du concurrent Sony Music où son parcours s’est achevé avec le poste de direction marketing du label Columbia (Sony Music). En 2009, elle compte parmi les chevilles ouvrières du succès retentissant de Francis Cabrel, Des roses et des orties. En 2013, elle prend la direction du marketing de Mercury Records France, puis en prend les rênes 3 ans plus tard. C’est la première femme nommée à la tête d’un label chez Universal Music France.